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03 juin 2008

24 ans, jeune prof, jeune élu.

Jeune prof de 24 ans, stagiaire en Physique-Chimie dans un collège de l’Hérault, j’ai aussi été élu conseiller municipal de la commune de Grabels, (Commune de 6000 habitants, limitrophe au nord ouest de Montpellier) le 16 mars dernier. Durant ce même mois de mars, l’Education Nationale m’a annoncé ma mutation dans l’académie de Versailles rendant plus que difficile l’exercice conjoint de mon emploi et de mon mandat électif. Afin de pouvoir les mener de front, j’ai demandé à M. Darcos, Ministre de l’Education Nationale une mise à disposition provisoire auprès du recteur de l’académie de Montpellier pour la rentrée prochaine, ce qui vient de m’être refusé.

Les mutations, un piège pour les nouveaux enseignants.

L’année de stage est la première année dans l’Education Nationale pour les néo-fonctionnaires, elle est aussi l’occasion d’apprendre beaucoup sur la complexité des systèmes qui régissent cette administration. Chaque fonctionnaire stagiaire est obligé de participer au mouvement inter-académique de mutation.

Les mutations sont basées sur un système de points qui prend en compte l’ancienneté, l’échelon, les mariages/PACS, … Un jeune enseignant non marié ou pacsé, sans enfants, (…) avec le minimum de points a toutes les chances d’être muté dans les académies de la banlieue parisienne. Il existe cependant un bonus pour les sortants de l’IUFM, à première vue bonne nouvelle pour les jeunes enseignants, mais le système n’est pas si simple, ce bonus est utilisable une seule fois au cours des trois premières années d’exercice, c’est un vrai piège, l’utiliser dès le début est jeu de loterie.

Cinq mois de délai, la lenteur de la machine administrative.

Au delà de la complexité de ce système de mutations, le plus difficile à gérer et le délai. Dans l’Education Nationale, les vœux pour le mouvement inter-académique se font au mois de novembre, seulement deux mois après la rentrée, seulement deux mois après une rentrée agitée pour les débutants que nous sommes. En faisant un calcul simple, il faut attendre cinq mois après les vœux pour connaître son affectation, délai bien plus long qu’une campagne électorale.

Les élections municipales, la démocratie au plus près des citoyens.

« La commune est le berceau de la république car c'est le lieu où s'exprime le mieux la volonté du peuple souverain »

A elle seule, cette phrase reprise par René Revol, maire de Grabels, lors de son discours d’investiture résume bien ce qu’est l’élection municipale. L’élection dans la commune, plus petite collectivité territoriale et le premier espace de démocratie pour les citoyens, pour un problème, les habitants ne vont pas à l’Elysée ou à Matignon, mais à la mairie. Les citoyens portent à la mairie des personnes dans lesquelles ils ont confiance, dans lesquelles ils se reconnaissent, dans lesquels ils croient pour améliorer leur vie quotidienne. C’est tout cela, la démocratie communale, alors Monsieur le ministre ne m’empêchez pas d’accomplir la tâche que m’ont confié les grabellois, ne m’obligez pas à trahir la confiance qu’ils ont placé en notre équipe, vous avez ce pouvoir.

Monsieur le ministre, vous avez été élu municipal, vous l’êtes toujours, songez à votre réaction si vous étiez à ma place, qu’on vous empêchait de mener votre mandat à son terme.

Les jeunes engagés, une espèce en voie de disparition.

A 24 ans, je suis le plus jeune conseiller municipal de Grabels, et au delà je représente une génération, une génération qui si elle n’est pas considérée à sa juste valeur, rejette tout engagement et cède trop souvent au corporatisme. Je représente une génération née avec le 21 avril 2002, une génération avide de démocratie et de justice sociale, une génération ignorée qui a pourtant envie de croire en un futur meilleur. Monsieur le ministre, je représente bien plus qu’un simple conseiller municipal, je représente cette jeunesse qu’on ne laisse pas mener à bien ses projets, je représente cette jeunesse qui croit encore en la République, qui croit encore au respect du peuple souverain, qui croit encore au respect de la démocratie.

Un engagement socialiste ?

Six ans après l’élection présidentielle qui a vu la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour, mon engagement à gauche, profondément socialiste, n’a jamais été remis en cause. Je ne partage pas la même vision de la société que vous, je ne partage pas les mêmes convictions que vous, je ne partage pas les mêmes valeurs que vous, mais s’il y a quelque chose que nous avons en commun, c’est le respect de la démocratie, de la République. Même si nous ne sommes pas aujourd’hui du même bord politique, vous avez été élu par le suffrage universel, j’ai été élu par le suffrage universel et la décision que vous allez prendre montrera le cas que vous faîtes de la parole des urnes, de l’expression du peuple souverain.

La démocratie en sortirait grandie

Monsieur le ministre, loin de moi l’idée de me soustraire aux règles communes, je souhaite juste pouvoir exercer à la fois mon métier d’enseignant et assumer le mandat que m’a confié le suffrage universel. Votre décision sera le témoin que le respect de la démocratie et du peuple sont plus importants à vos yeux qu’une simple décision administrative. Vous avez le pouvoir de me permettre de faire mon métier tout en exerçant, à proximité, les responsabilités que m’ont confié les citoyens, usez-en afin de redonner à la démocratie ses lettres de noblesse.

Clément Vernédal

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